A PROPOS DE L'ALBUM SANS SOMMEIL
Mélomanes de toutes sensibilités musicales, oubliez vos a priori restricitifs pour cette fois ; voilà une musique intense et inattendue dont vos oreilles ne pourront que se délecter.
S'il s'agit d'un excellent jazz, il serait très réducteur de se contenter de cette étiquette car l'essence bretonne, qui s'y trouve en filigrane, lui donne indéniablement une saveur subtile et une grande personnalité.
Régis Huiban, accordéoniste virtuose que le fest-noz a vu naître et le jazz s'épanouir, joue intelligemment avec les paradoxes en mettant en scène un univers à la fois ethnique et universel, riche et sobre, profond et léger. Ce grand album est un événement dans la production discographique bretonne, tous genres confondus !
Michel Baron, Le Télégramme [Le Mag], mercredi 1er juin 2005
Ils ne sont pas si nombreux les "chromatistes" qui font swinguer la gavotte ; Régis Huiban est sans conteste l'un d'entre eux. Mais ce n'est pas tout ; voilà quelqu'un qui n'arrive pas par hasard au devant de la scène musicale avec ce premier CD qui révèle d'emblée un propos affirmé. C'est un premier aboutissement d'un itinéraire musical à la fois déterminé et discret, jalonné par l'enseignement des trois grands maîtres qui l'ont marqué : Jo Jégado, son professeur d'accordéon et de solfège de Quimperlé, Roland Becker - faut-il le présenter -, et Daniel Mille, le grand accordéoniste qui lui a prodigué ses conseils dans le cadre de stages plus particulièrement axés sur le jazz et l'improvisation. De belles aventures et de nombreuses participations discographiques viennent également abonder son crédit : Tan ba'n Ti, Mr. Kerbec et ses belouzes, Kof a Kof, Au Café Breton, chant et accordéon avec Nolùen Le Buhé, et d'autres encore... Mais on n'aurait cerné qu'à moitié la personnalité musicale de Régis Huiban si on passait sous silence l'authentique vénération qu'il porte à Yves Menez. Au point que lui et son quartet, monté il y a un peu plus de deux ans, ont dédié ce premier disque à cette figure quasi légendaire de l'accordéon swing breton des années 1930, et un second est déjà en cours d'esquisse. C'est une jam-session de musique bretonne quel ce CD nous fait découvrir ; une musique bretonne mêlée de jazz, de swing, de musette, sans qu'on puisse pour autant la rattacher exactement à l'un ou l'autre genre, même si quelquefois, il faut le dire, la tentation en est grande. C'est une musique qui nous est à la fois familière au travers des thèmes de référence servant de base au discours - il est même fait appel ici et là à des extraits d'enregistrements de collectage réalisés par lui-même en pays Pourlet -, et en même temps, profondément originale et personnelle, nourrie d'improvisation, et servie de surcroît par des musiciens (Philippe Gloaguen à la guitare, Loïc Larnicol à la batterie et Julien Le Mentec à la contrebasse) qui s'associent à merveille à un propos auquel il faut souscrire sans réserve. On aura compris, on aime.
Jacques Michenaud
Musique bretonne - n° 190 - mai/juin 2005
Le jazz breton de Régis Huiban
Accordéoniste inspiré et talentueux au sein de nombreuses formations, notamment aux côtés de Roland Becker, voici Régis Huiban à la tête d'un quartet qui porte son nom. A 31 ans - dont plus de vingt passés à triturer les touches nacrées, quinze à taquiner les anches et à collecter - l'artiste se livre. Se délivre de l'envie de poser la première pierre d'un triptyque. Ainsi donne-t-il naissance à "Sans-sommeil", fruit des cogitations d'un noctambule, coureur de festoù noz et de veillées. Dans chacun des morceaux, un thème traditionnel sert de fil à des improvisations très jazz. Le père Huiban affirme la reconnaissance pour ses pairs, chanteurs et autres sonneurs. Ainsi que sa maîtrise de deux cultures musicales qui, loin d'être antinomiques, se fondent ici dans une réelle harmonie et un swing du tonnerre.
Gwenaël Dayot - Ouest France - juin 2005
Avec "Sans-sommeil", l'accordéoniste Régis Huiban nous présente un album d'une rare subtilité. Le propos est de partir de la matière collectée de tradition orale pour une rencontre avec la musique jazz, l'improvisation ! Pour ce faire, Régis est accompagné de son quartet qui écume depuis quelques temps les scènes bretonnes, composé de Julien Le Mentec (contrebasse), compagnon de longue date, Philippe Gloaguen (guitare) et de Loïc Larnicol (batterie). Ce savant mélange est très intelligemment relevé de quelques cuivres à l'occasion, donnant ainsi une autre dimension à la musique de l'album.
Le principe est donc de partir du thème traditionnel pour ensuite aller vers l'improvisation puis revenir à la source, le thème. Le résultat est surprenant puisque la maîtrise de la musique traditionnelle est indéniable, et l'approche jazzistique (sans pour autant oublier la base) vous apporte cette "convivialité", parfois rare dans ce registre. Plus globalement, la prise de son, excellente, vous permet de profiter de la douceur, du velouté de ce mariage, que la gavotte sait à merveille dynamiser.
En tout cas, toutes mes félicitations à Régis Huiban, ce disque est un plaisir, il démontre également que cette musique bretonne est loin d'être figée. Quelle est belle cette évolution !!!
Yann Le Boulanger - Le Poher - juin 2005
Régis Huiban, des ailes à la gavotte
Formé à l'école de l'accordéon-gavotte du centre Bretagne, Régis Huiban a fait son miel de diverses expériences, la dernière en date étant le "Cabaret Breton" de Roland Becker, pour signer un premier opus sous son nom. En matière d'accordéon chromatique, une référence vient automatiquement à l'esprit : Yves Menez, l'accoucheur de la gavotte swing. Régis Huiban, après en avoir ainsi saisi l'essence, prolonge la démarche pour s'orienter vers une forme de jazz breton. L'accordéon donne le thème. S'ensuivent alors chorus et développements harmoniques où Régis Huiban et Philippe Gloaguen (guitare) rivalisent de pétillance. On rencontre peu ou prou des constructions similaires dans "Sans-sommeil" avec de nombreuses compositions qui reflètent des influences diversifiées. Elles s'appuient sur des mélodies ou des rythmes collectés dans le pays pourlet. On entend ces voix traditionnelles enregistrées, brutes de décoffrage, en prologue des morceaux, comme pour mieux mettre en évidence le terreau populaire où a germé la musique de Régis Huiban et qui a construit une part importante de sa personnalité.
Le quartet, formule idéale pour un tel propos, s'enrichit de cuivres dans la dernière gavotte. On tend alors nettement vers le jazz au sens classique du terme, certes moins original du point de vue du timbre, mais toujours agréable. Que ce soit en quartet ou en septet, la musique concoctée par Régis Huiban se révèle de bout en bout d'une grande hauteur d'inspiration et ouvre de larges portes vers de nouvelles expériences. On connaissait un interprète, accordéoniste doué aux attaques fermes et au phrasé irrésistible. Avec cette première réalisation, on peut maintenant parler de l'émergence d'un musicien.
Michel Toutous - Armen - juillet/août 2005
Hommage aux ancêtres
Comment rendre à nos ancêtres la richesse qu'ils nous ont apportée ? Avec beaucoup de finesse, d'intelligence et d'émotion, porté par la naissance de sa fille (évènement qui oblige à s'interroger sur la transmission), l'accordéoniste Régis Huiban y répond avec ce magnifique Sans-sommeil. Mêlant jazz et musique bretonne, introduisant le collectage de manière très originale, cet album offre - outre un jazz musette plutôt enlevé - deux moments de grâce : Naître et La gavotte du genre.
Jean-Luc Germain - Bretagne Magazine - juillet 2005
Un Dieu (Yves Menez) et quelques maîtres (Jo Jégado, Daniel Mille, Roland Becker...) auront donné à Régis Huiban une mâturité qui l'autorise à conduire depuis peu un quartet épatant qui pousserait à dire en forçant le trait que le Centre Bretagne a un petit quelque chose de la Nouvelle Orléans. A y regarder de près, il existe en effet en ce pays un matériau mélodique enraciné qui a, depuis le deuxième quart du XXème siècle servi de base swinguante à quelques personnalités, notamment dans le rang des accordéonistes. Huiban s'empare de ce discret héritage à travers un parcours qui a débuté de la façon la plus classique qui soit : le bal, avant la formation, non sans succès, du groupe de fest noz Tan ban' ti. Sa rencontre quelques années plus tard avec Roland Becker lui permettra à travers diverses créations de laisser libre cours à ses capacités dans un style exigeant instamment de conjuguer l'harmonie avec un phrasé évidemment intégré. Bien que l'orientation de son quartet soit évidemment différente, c'est une démarche empruntante qui anime en tant que leader Régis Huiban. Avec Loïc Larnicol (batterie), Julien Le Mentec (contrebasse) et Philippe Gloaguen dont les choruses rappellent parfois l'école américaine (on pense aussi au français Pierre Cullaz), l'accordéoniste qui reste encore parfois sous l'influence de Daniel Mille (Naître) utilise des inserts de collectage qui témoignent de ses sources d'inspiration et traduisent sa grande admiration de l'oralité. Son trip américano, parigo breton qui capte immédiatement l'attention devrait en toute logique continuer à nous réserver de bonnes surprises.
Dominique Le Guichaoua - Trad Magazine - septembre/octobre 2005